En français de France

« Concernant nos responsabilités individuelles, j’ai comme une envie de ne pas faire dans la dentelle »

« Concernant nos responsabilités individuelles, j’ai comme une envie de ne pas faire dans la dentelle »

 

Des fondamentaux

 

On cause encore du Kiosque.

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-Dans ce cas, à mon tour de vous faire une suggestion. Vous permettez ?

-Bien sur.

-Il semblerait que vous soyez bloquée dans une contradiction entre le business et votre amour des belles lettres. Or vous aviez annoncé dès le départ que vous verriez bien où le projet vous emmènerait, qu’il y aurait des évolutions.

-Et je n’ai pas été déçue en guise de surprises. Est-ce que je pouvais deviner la révolution au Soudan  ou les élections au Brésil? Et que j’allais me casser la tête à essayer de trouver,  en vain,  quelqu’un qui pourrait prendre une heure de son temps pour me clarifier certains éléments ?

-Non, vous n’êtes pas devin, vous venez de le dire.

-Je pense que le problème de vos collaborateurs, c’est qu’ils avaient mal envisagés la confiance qu’il faudrait vous accorder. Sur ce que vous exporteriez ou pas. De leurs histoires personnelles, de ce que vous leur faites vivre mais aussi et surtout de qu’ils vous font vivre.

-J’entends bien. Mais comment leur prouver que j’ai fait les choix les plus respectueux possibles ?

-Vous n’avez qu’à vous mettre à leur parler franchement, frontalement, cash. Et leur laisser le choix. Ironie ou pas ironie ? Plutôt Devos ou Mc Gabin ? Puis vous les laissez s’organiser. Syndicalement. Le temps qu’ils vous apportent leur réponse via la représentante et le délégué syndicaux, ce sera le printemps et vous serez reposée. 

-Pas bête.

-Vous savez que la représentante ou le délégué syndicaux, s’ils sont malins, risquent d’envoyer quelqu’un s’exposer à leurs places pour faire le sale boulot et attendre dans leur coin de voir comment ça prend ?

-Je sais.

-Et puis, si leurs revendications venaient à être incompatibles avec le projet, il vous faudrait changer de main d’œuvre.

-C’est-à-dire ?

-En France, certains employeurs embauchent des étrangers quand ils trouvent les locaux trop gourmands pas vrais ? Pour pouvoir s’éviter de payer des charges en cas d’accident du travail pas vrai ?

-Bah oui.

-Il vous faudrait alors faire comme eux ! Embaucher des français ! Ou délocaliser ! Si ce n’est pas possible de les voir en vrai, faites ça par mail commun. C’est à la mode. Et vous verrez ensuite si les collaborateurs ne vous préféraient pas quand vous étiez old school,  un peu blagueuse et que chacun restait à sa place : ceux qui participent à la conception, ceux qui profitent de la fabrication.

-Ça se tente.

-Par ailleurs, que diriez-vous de  considérer que le Kiosque de Rita est devenu, chemin faisant , une sorte œuvre d’art ? Et que le territoire commun que vous devriez partager, tous, c’est désormais l’envie de contribuer à cet objet inclassable  et de l’emmener à bon terme,  c’est-à-dire une belle fête de famille où chacun pourra vider son sac  sur le ton qu’il veut?

-Pourquoi pas. On me demande sans cesse ce qu’est mon projet et je ne sais plus quoi répondre. En plus, personne n’a compris que le jour où j’arriverais à cette fête, ce sera la fin de l’aventure. Et pas le début.

-Parce qu’un artiste compose et n’a pas à commenter ce qu’il fait. Vous savez très bien tout cela puisque, dans votre premier métier, vous passez votre temps à expliquer les textes  des autres. En classe. Et à extraire, un à un, pour démontrer qu’elle est magistrale,   tous les sens possibles d’une œuvre. 

-En effet.

-D’autres peuvent le faire à la place de l’artiste ou du maître d’œuvre qui, lui, est, bien souvent, ingérable… Je dis ça je dis rien….

-Continuez ça commence à me plaire.

-Si vous acceptiez d’envisager les choses sous cet angle, il suffirait juste de changer l’attestation de votre petite protégée, la Daniela. C’est un agent artistique qu’il manque, pas une assistante en communication. Quelqu’un qui saura être présent dans les moments cruciaux. Avec un contrat clair sur sa part de responsabilités et sur les vôtres.

-Peut-être. Mais dites-moi, seriez-vous en train de suggérer que je suis pire que Patrick Prigent ?

-Madame, comme dirait Firmine Richard à  Daniel Auteuil dans le film Romuald et Juliette, Patrick Prigent  « c’est de la gnognotte à côté de ce que vous êtes !  »

 

-… 

-C’est bon ? Vous pouvez cesser de jacasser ? Arrêter d’essayer de vous justifier ? Et vous remettre à travailler ? La fronde du staff ça existe, la grève du boss vous allez vous ridiculiser ! Surseoir est une chose, déchoir en est une autre. C’est clair ?  Vous pouvez me laisser prendre mon petit déjeuner ? En paix ?

-…

-Vous aviez cru quoi ? J’allais me laisser embobiner par une gonzesse avec un peu de bagou ?!?