En français de France

« La piste était mauvaise »

« La piste était mauvaise »

Du cinéma en plein air

Alors que les monolingues n’avaient toujours  pas pigé que,  si le site web était en libre accès, la sortie l’était , elle , peut-être un peu moins si bien que nous risquions de laisser passer la prochaine nuit du livre en aout sans pouvoir rien projeter ni même aller balancer quelques poèmes plurilingues dans les rues de Becherel et  que Franck Merger risquait de rester peinard longtemps à Marseille car je me voyais mal lui dire qu’il pouvait monter en Bretagne en roller, dans le kiosque c’était , comme d’hab, fin le bordel.

 

Parce que j’envisageais de lui passer un gros savon, je cherchais à remettre la main sur Laurent Loty. J’avais retrouvé la trace du prince de l’utopie à une conférence avec un gilet vraiment trop moche pour que je mette ça en ligne : la piste était mauvaise.

Une kiosqueuse m’ayant dit que j’étais nulle en management de ne  pas mettre la pression aux gens qui font des dépressions, j’avais  essayé de mettre tout le monde à bosser avec un extrait de la casa de Papel , après bien sur,  avoir appliqué son conseil sur elle-même pour vérifier qu’il était bon.  Mais Nairobi n’était pas traduite dans toutes les langues du Kiosque : la piste était mauvaise.

Omar, au Sénégal, philosophait avec des phrases du type «  pour que le mal triomphe il suffit de l’inactivité des hommes de bien » tout en trouvant  que, puisqu’il avait eu un souci un souci de visa à l’aller, il fallait peut-être mieux rester  tranquille s’il voulait revenir un jour, ce que, sommes toutes,  je pouvais comprendre facilement. Lui demander d’envoyer du matos plurilingue était donc inutile : la piste était mauvaise.

L’éditeur d’Hassan Yassin, qui devait  pourtant bien savoir, vu le nom de sa boutique, que les pâtes doivent être servies à point, était le type le plus malin de la terre : il n’avait pas de téléphone portable. Je n’avais donc personne à engueuler et j’avais renoncé à essayer de lui causer : la piste était mauvaise.

Notre collègue en Tunisie, Faycal Hamdi, en oreille attentive complètement motivé par le bénévolat complètement désintéressé,   faisait ce qu’il pouvait pour gérer la crise. Mes nombreux nouveaux amis sur Facebook me proposaient, même,  cœurs sur la main, de la distraction. Comme chacun sait que je suis nulle en informatique, je voyais pas trop comment c’était possible en ligne : la piste était donc mauvaise.

Hassan Yassin , qui avait l’art de la lubie bien chiadée, voulait m’offrir un café à Beaubourg et moi je voulais qu’on aille à Saint-Ouen,  dans les puces,  comme tout le monde.  Si c’était pour s’engueuler, je ne voyais pas trop pourquoi je devrais me pointer à Paris ;  on pouvait faire ça en ligne: la piste était mauvaise.

Marcel lui était, comme d’hab, content. Il venait de passer sur TF1. Je ne voyais pas comment j’allais pouvoir rattraper un truc pareil mais je ne m’étais pas énervée. A ce stade, ce n’était plus la peine. Mes artistes émergents,  comme on dit dans le jargon,  n’en faisaient vraiment qu’à leur tête.  

Hexiang avait  fait une suggestion, je lui avais proposé de nous sauver : je n’aurais pas dû. Il avait aussi sec, disparu: la piste était mauvaise.

Patrick Prigent était persuadé de n’être, au sein du Kiosque,  rien de moins que la contre-culture. Sa Bretagne ne me faisait pourtant pas rêver.  Il n’avait  pas compris que si, les gens qui ne sont pas d’accord avec moi, je pouvais leur faire une place aussi : la preuve, par exemple, c’était lui !!!  Il avait beau chouiner  pour essayer de se rattraper : la piste était mauvaise.

Morgane disait tout haut ce que tout le monde pensait tout bas : il était temps de changer de film.

Comme je suis pour la paix des ménages, et qu’on m’avait dit que le problème du Kiosque c’est qu’il est trop intellectuel,  je lui avais rétorqué que, même si elles étaient passées inaperçues, j’avais déjà commencé à faire quelques propositions. Si Will Smith déplaisait on pouvait songer à Patrick Swayze.

 

Comme elle n’avait pas trop accroché, j’avais repassé un petit coup de fil à Xavier Gayan pour connaitre un peu plus clairement son point de vue. Sur la situation. Comme la grande majorité des kiosqueurs  qui n’ont aucune obligation d’où qu’ils viennent  de par le monde à être plus altruistes que le roi, il m’avait causé de son actu et de son film, monté grâce à une belle campagne de financement à laquelle, j’avais à l’époque, bon public, participé. Il serait projeté à Pompidou fin février. J’étais contente pour Charles Pennequin mais ça nous faisait une belle jambe : la piste était mauvaise.

Je n’arrivais pas à finir le bouquin de Maxime Abolgassemi parce que je m’étais attachée à Leyli et que j’avais trop les jetons que ça finisse mal pour elle et je me sentais pas d’attaque pour relire Exctinction dans son entier  et en allemand  tout de suite : la piste était mauvaise.

Et puis il s’est passé un drôle de truc. J’ai reçu un message. Ça causait d’Allah. J’ai pris mes précautions avant de bien le comprendre car comme chacun sait,  les religions monothéistes, je ne suis pas une experte :

after 4 years of struggling in France to get the refugee papers
finally I got the French papers and I win the refugee case status
I’m so happy and feeling humbled and thankful to Allah and to everyone specially the ones who believed in me
i want to celebrate this victory with all of you my beloved friends
thank you all from the bottom of my heart

Big big thank you also to valerie osouf jf rial housam al asmy Rita Visali
soizic hily Saida Benayad, Hind Meddeb, Youssif Haliem, Raphaël Glucksmann and your lawyers, Me Peschanski & Me Christophel.hassan aljzoli is ousmn sadam kbashi Anwar Aljzar virginie menet louv chowra makaremi

hassan yassin

 

Comme j’étais en train d’essayer de faire du montage vidéo avec Moovie Maker à ce moment-là, quand je suis tombée, ce n’était pas de très haut.

Alors  d’un coup, les courants sont redevenus fluides : j’ai demandé à Faycal Hamdi de me traduire la phrase «  je ne suis pas la patronne des causes perdues et je vous emmerde » vers l’arabe ce qu’il a fait dare- dare et à ma charge ensuite de réussir à mettre ça vers la droite :

                                                                                                            تبا لك ! أنا لست راعية أو داعمة للقضايا

                                                                                                                                          الفاشلة المنتهية !

J’ai téléphoné aux kiosqueurs parisiens et je leur ai  demandé comme ça : ça vous dirait de terminer notre aventure commune à Beaubourg le 21/02/2020 à 12:00:00 ?

 

Parce que bon, Gianni Exposito  en Bretagne, j’en ai ma claque aussi ! Il n’y avait qu’à l’annoncer publiquement. Et le reste, on verrait bien.  Nous avions certes  commencé une histoire dans le 35 que rien ne nous interdisait,   puisque nous n’avions pas  demandé de subventions à la région,  d’achever dans le 75. Peut-être même que ce serait plus simple pour les kiosqueurs belges s’ils étaient toujours motivés.

 

         Pas sur qu’on m’y voie cependant. Déjà des films en veux-tu en voilà du créole étaient projetés à Rennes. Ensuite, ça se pourrait que j’aille trouver une autre  salle, parisienne, pour un film avec Annie Girardot où emmener Morgane, Livia, Paula et Chiara. Et Franck Merger  et Denis Péan aussi s’ils sont disponibles mais je n’ose pas leur demander car ce n’est pas avec des frais de fonctionnements qu’on paie des frais de déplacements,  qu’on organise des évènements et qu’on tient un retro-planning. Pour devant,  le cinéma français en 1996,  le sublime italianisme   de la meuf de  Léotard dans Les misérables. Ça  doit encore se trouver quelque part. Car, comme dirait une pote d’Isabel : Paris sera toujours Paris. Tandis que  je ne serai, de mon côté, toujours qu’une prof. De français. Langue : Plurilingue.