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Les périphéries des périphéries

« Les périphéries des périphéries »

De l’identité

Quand le casse-tête du cinéma en plein air me tape sur les nerfs, je vais à des conférences.

Celle-ci c’était de la bombe. C’était les gars de la revue Apulée à la maison du Québec. La revue Apulée? C’ est un joyau annuel que vous pouvez acheter. Vous en aurez pour tout l’été. Vous en aurez votre comptant. D’alphabets chelous et de langues un peu zarbies.

Ils étaient 3. Y avait Yahia Belaskri et Jean-Marie Blas de Roblès. Et un troisième, mince  alors dont j’ai oublié le nom. Me pardonnera-t-il d’avoir de temps en temps la mémoire qui flanche? 

Ils ont commencé par déplorer que le monde littéraire français soit trop germanopratin. C’est là que je me suis dit que j allais écrire un petit cours grâce à eux. Pour le plaisir de voir ce mot traduit dans les langues du kiosque voire de voir les traducteurs inventer des solutions. Eux travaillaient sur la périphérie. De Saint-Germain1 donc. Et le gars dont j’ai oublié le nom disait même LES PÉRIPHÉRIES DES PÉRIPHÉRIES. 

Ça a commencé à vachement me plaire. On aurait dit qu’ils parlaient de nous. En effet, si l’on considère que Saint-Germain est le centre, Rennes est une périphérie. N’en déplaise aux fervents défenseurs du concept de Rennes Métropole. Et Bécherel, bah, c’est une périphérie de périphéries. C’est pas si compliqué. Si j’ ai bien compris l’idée ça marche avec pas mal d’endroits.

Puis ils se sont mis à évoquer  la traduction de Rimbaud vers l’ amharique, une langue qu’on cause en Éthiopie.

Laisse tomber. J’ai commencé à avoir envie de les épouser. Tous les 3. Même le gars dont j’ ai oublié le nom. Même s’ il s ‘est permis de tacler un tantinet Le Clézio. Il pouvait pas savoir. J’étais dans le public, c’était leur conférence , c’était eux qu’ avaient le micro. Je lui pardonne.

Ils nous ont invités à  traduire le monde pour réaliser des ponts. Des deux côtés de la Méditerranée par exemple. C’était lumineux. Je me suis régalée.

A la fin on a même pu poser des questions. Je crois que c’est Monsieur Blas de Roblès qui nous a éclairés sur l’origine du nom de la revue. Apulée3

Moi j’étais embêtée. Comme on n’est pas chez les mosos4 en France et que je ne pouvais pas épouser trois mecs d’un coup, j’arrivais pas à me décider. Et là y a un spectateur qui a demandé comme ça :

–          Est-ce que vous faites des enregistrements des langues pour qu’on puisse entendre leurs mélodies ?

Et Blas de Roblès a eu comme une illumination :« Non mais c’est une excellente idée! »

Banco que je me suis dit.  Alors j’ ai encore renoncé à trouver un mari et j’ ai appelé les kiosqueurs, Daniela, Karina, Kyoko et même Omar qu’avait pas donné de nouvelles depuis une  sacrée paie! Et je leur ai crié  :

« Il faut qu’on continue !! Y a des gars de Saint-Germain qui disent que ce qu’on fait c’est vachement bien! »

1 Quartier parisien pas si loin de Saint-Ouen si on s’y prend bien.

3 Ecrivain et philosophe né à Madaure, auteur des Métamorphoses,  et qui d’après ce que j’ ai compris, aurait eu des embrouilles avec une femme plus âgée que lui.

4 Ethnie habitant au Nord de la Chine.

                                 Rita 

Extrait de la page 160, Apulée #4, Traduire le monde

 

Avec l’aimable autorisation de Yahia Belaskri.