En français de France

Les Ressources Humaines

Les ressources humaines

Du mécénat

 

Adèle et moi causons au téléphone.

– J’en peux plus là de tout ça. Des combats perdus dans l’institution qui broie dans des quartiers broyés. Parle-moi de la Bretagne !
– Ecoute, je navigue en plein dans mon verger. T’as vu les photos?
– Oui il est déjà prêt à l’emploi c’est ça qui m’a paru incroyable ! On voit la cabane et le kiosque, on voit que c’est magnifique !
– Ça va être superbe: tous les potes qui n’en peuvent plus vont pouvoir venir s’y reposer. Tes gosses vont kiffer pêcher et faire de la barque sur l’étang tu vas voir.
– C’est clair.
– Faut juste que je trouve 30 000 euros ! Mais sinon c’est prêt ! Même pour le cinéma en plein air, j’ai déjà des fauteuils. Il en faut 40 mais t’as pas idée du nombre de gens qui se débarrassent de leurs vieux fauteuils sur donnons.org dans le coin!
– Mais t’achète ça toute seule ou à plusieurs?
– Ouh là là là! Toute seule! La dernière chose dont j’ai envie en ce moment c’est d’expérimenter l’horizontalité en même temps que je suis de fait la responsable de mon kiosque.
– Oui tu m’étonnes…
– L’équipe qui va m’installer un cinéma- vélo sera rémunérée. Soit en monnaie soit en utilisation du terrain. Prêter à celles qui voudront faire des trucs. C’est la mode parait –il, de sauver des cachalots échoués dans des étangs. Ou les assos traductrices qui veulent se faire une guinguette aux jours beaux.
– Et des subventions ?
– J’en veux pas. Acheter mon terrain, projeter les films des copines et inviter les copains. Aller à mon rythme aussi. Si je touche à l’argent public, je vais devenir exigeante, tu sais, à cause de Mnouchkine. Y aller doucement. Mais les financements de terrain de loisirs ce n’est pas simple. La MAIF m’a recalée. Elle veut bien me prêter 100 000 pour un appart mais pas 30 000 pour un terrain. C’est trop ou c’est pas assez. J’ai pas bien compris.
Adèle rit.
– J’ai bien un ex qui a des sous quelque part en Asie …
– Bah vas-y c’est bien ça!
– Ouais mais ça fait quand même 14 ans que je l’ai pas appelé. Ça se fait ça ?
Adèle se marre.
– Toi tu n’oses pas appeler les Ressources Humaines pour qu’ils fassent leur métier en t’écoutant leur dire « j’ai 3 gosses du coup je ne peux pas me permettre de faire un burn-out », ce qui est vrai tu as 3 enfants et tu ne peux pas te permettre de faire un burn-out, et moi faudrait que j’appelle mon ex pour lui demander de ses nouvelles et 30 000 balles ?
On se marre.
– Mais il y a qui à côté, ils sont comment les voisins ?
– Y en a pas beaucoup, c’est une zone protégée. Côté Nord, il y a la cité qui démarre avec ses cafés si on monte la petite côte pour quitter la petite vallée. Et de l’autre il y a le Sud et le début des chemins de randonnées. Il y a une belle maison, c’est un ancien moulin à eau avec une famille sympathique qui me donnera les deux moutons et qui veut acheter un autre bout de la zone en coopérative pour faire un (vrai) verger.
– Les moutons c’est pour ?
– Tondre la pelouse.
– Ah oui. D’accord. Bon faut que je me tire de Paris avec Alex et les gosses.
– Ouais, je te propose même de passer directement au plan B en sautant la case burn-out, appelle Jean –Jacques Machin et Brigitte Truc à 14 heures et donne moi de leurs nouvelles. Faut trouver la personne gentille et compétente cachée dans l’organigramme. De mon côté, j’ai plus qu’un seul choix: faut que je trouve un mécène. Et je ne t’ai pas dit : Caroline est prête à venir à la première projection !
– En Ille-et-Vilaine ? C’est pas trop loin du Canal Saint-Martin ?
– Elle viendra elle a dit!
– Alors ça veut dire qu’il faut se lancer, faut récolter tous les euros possibles! Ce serait pour quand la première ?
– Au printemps 2019, tranquillement, mais, Caroline, tu crois qu’elle irait même jusqu’ à faire un tour de barque ?!?

Rita